Œuvres in situ
2021 — …
Romain Grateau Grand tourisme à injection, 2021 Bibliothèque en béton armé : ciment Portland, sable, charges minérales, acier, oxydes et pigments, encaustique, 300 x 215 x 35 cm. Photo : © DR. Œuvre in situ destinée à accueillir le fonds documentaire de Bétonsalon, la bibliothèque conçue par Romain Grateau forme un pied de nez à ce que pourrait littéralement être un salon en béton. Structure autoportante, elle prolonge et détourne l’architecture fonctionnelle du lieu par son alternance de lignes horizontales et de modules de soutien. Colonnes fuselées ou trapues, formes brutes et précieuses qui jouent de l’oblique, toutes donnent à voir leur processus de fabrication et les variations possibles sur un matériau que l’on connaissait industriel et uniformisé. Romain Grateau joue des densités, des teintes, des inclusions et des finitions, faisant ainsi osciller notre perception, entre le gravat et l’objet d’art. Le ponçage, auquel sont finalement soumises les pièces, agit comme un révélateur de la richesse de leur composition. En ramenant des gestes précis d’ornementation dans des techniques appartenant au gros œuvre et au BTP, l’artiste opère un mélange des genres qui fait écho à différents registres, de la maçonnerie à l’autoconstruction, de la rocaille au brutalisme. Le titre de la pièce, emprunté à l’automobile, désigne une technologie permettant de parcourir de longues distances à grande vitesse ; il rejoue et déplace cet alliage entre poésie, délicatesse, force et mécanique, en même temps qu’il subvertit une masculinité ancrée dans l’effort et dans l’exploit.   Mathilde Belouali   Sylvie Fanchon BONJOURSINOUSDISCUTIONS, 2021-… 10 phrases ins­cri­tes successivement au blanc de Meudon sur les vitres de Bétonsalon Commande « oeuvre in situ », Bétonsalon — Centre d’art et de recherche, Paris, 2021-2025. Photo : Marc Domage, © Galerie Maubert et Adagp, Paris, 2025. Badigeonnées de blanc de Meudon, les quatre fenêtres à l’extrémité de la façade vitrée de Bétonsalon deviennent écran et surface picturale. Dix phrases énigmatiques, dans une police standard, ramassée, sans espace ni ponctuation, s’y dessinent en négatif. Elles se succèdent l’une après l’autre, remplacées par l’équipe du centre d’art au gré de leur usure. Œuvre de la peintre Sylvie Fanchon, ces courtes affirmations proviennent de Cortana, l’assistant personnel intelligent développé par Microsoft dans les années 2010, toujours utilisé bien que déjà obsolète. Sur le ton de l’invitation, voire de l’injonction, sur le fil entre la politesse et l’insistance, Cortana tente d’engager la conversation (BONJOURSINOUSDISCUTIONS), de se rendre utile (JESUISLAPOURVOUSAIDERAVEZVOUSBESOINDEQUEL-QUECHOSE), prétend pouvoir améliorer notre productivité (JEPEUXVOUSAIDERAVOUSRAPPELERCEQUIESTIMPOR-TANTETBIENPLUSENCORE) et met en garde (VEUILLEZNINDIQUERAUCUNEINFORMATIONPERSON-NELLE) ; ses limites se font néanmoins assez vite sentir (JESUISDESOLEEJENAIPASCOMPRIS). Ce langage, simple et pourtant déjà inintelligible, correspond à une vision lisse et stéréotypée des relations qu’offrent les intelligences artificielles, pour lesquelles la collecte d’information, sous couvert de conseil et de serviabilité, est source de profit et instrument de pouvoir. Sylvie Fanchon, dont la pratique picturale se construit à partir d’éléments de langage et de culture visuelle existants, s’empare de Cortana, outil intrusif, dystopique mais comique, comme réservoir de motifs pour ses tableaux et ses interventions in situ. Visibles depuis l’esplanade devant le centre d’art, suscitant interrogations et curiosité, les invitations de Cortana confrontent leur autorité apparente à la fragilité et à la transparence de leur support.   Mathilde Belouali  
Œuvres in situ - Bétonsalon
Œuvres in situ - Bétonsalon
Œuvres in situ - Bétonsalon
Œuvres in situ - Bétonsalon
Œuvres in situ - Bétonsalon
Écrire avec des moufles Atelier d’écriture sur et autour, pour, avec, sous et à côté de l’art
2022 — 2027
Peut-on écrire sur l’art avec des moufles ? Les mains dans le placo ? La tête dans le guidon ? Qu’est-ce que la couleur des sols d’exposition, un ventre qui gargouille, l’ennui ou le trajet en bus pour venir font à notre perception des œuvres d’art ? Comment écrire sans passion ? Comment écrire sur des choses qu’on ne comprend pas ? Est-ce qu’on n’en dit pas toujours un peu trop ? Voilà, des questions auxquelles nous n’apporterons pas de réponses avec cet atelier, peut-être seulement des tentatives de réponses, ou à défaut, d’autres interrogations. Cet atelier s’adresse à toutes les personnes à qui l’écriture sur et autour de l’art donne des insomnies, venez partager vos mots.
Écrire avec des moufles - Bétonsalon
Écrire avec des moufles - Bétonsalon
Écrire avec des moufles - Bétonsalon
Écrire avec des moufles - Bétonsalon
Écrire avec des moufles - Bétonsalon
Écrire avec des moufles - Bétonsalon
Écrire avec des moufles - Bétonsalon
Écrire avec des moufles - Bétonsalon
Parties prenantes : rétroperspectives sur l’histoire de Bétonsalon
mars 2023 — mai 2027
En 2023, Bétonsalon a 20 ans : 20 années d’expositions, de productions d’œuvres nouvelles, de performances, de séminaires et de colloques, de textes inédits et de nouvelles traductions, de discussions, de rencontres, d’ateliers, d’actions non répertoriées qui ont été imaginées et accompagnées par un grand nombre de personnes. Comment nous représenter l’histoire du lieu et à notre tour, la raconter ? Comment, nous, qui sommes arrivé·es ici récemment, pouvons-nous parcourir l’histoire du centre d’art, en composer une mémoire collective qui soit ouverte en lecture comme en écriture ? Comment situer Bétonsalon dans le paysage des institutions en France et dans le monde ? C’est le moment pour nous de porter un regard rétrospectif sur cette institution, d’ouvrir une recherche autoréflexive pour tracer des perspectives actuelles, informées des expériences passées et de ces multiples histoires. Ensemble, nous ferons une plongée progressive dans l’histoire de Bétonsalon et de la Villa Vassilieff dans un esprit de recherche et d’expérimentation, dans une approche critique et réflexive, nous créerons notre méthodologie en observant celles explorées ici même, en collectant micro-histoires et contre-récits, paroles personnelles ou collectives, pour nous permettre de retisser des liens et prolonger certaines expériences. À raison d’un rendez-vous de trois heures à chaque saison, tous les trois mois, nous mènerons progressivement et sur plusieurs années, une lecture au cas par cas de Bétonsalon. Projet après projet, nous ouvrirons progressivement les archives papiers et numériques, nous chercherons dans le fonds documentaire les ouvrages associés à chaque projet, nous ferons appel aux personnes concernées qui ont initié, animé, ou simplement traversé tel ou tel projet, en cherchant à ouvrir cette exploration à toutes les « parties prenantes » (titre d’une exposition de 2009) selon leurs affinités : les personnes volontaires des équipes précédentes, des acteur·ices individuels ou collectifs, artistes, curateur·ices, publics, partenaires, etudiant·es, professeur·es, personnel·s de l’université, habitant·es, enfants, passant·es, promeneur·ses de chien·­nes, commerçant·es, associations… Il s’agira ainsi pour nous d’un temps de recherche autoréflexive, en acte, en vue d’une (re)constitution des archives numériques et papier.
Sylvie Fortin – Séjour de recherche curatorial
février — juillet 2026
Bétonsalon accueille Sylvie Fortin dans le cadre d’un séjour de recherche curatoriale de 3 mois, structurée en deux temps (février et juin/juillet 2026) qui combine recherche, écriture curatoriale expérimentale et développement de collaborations. Ce séjour a pour but de synthétiser sa recherche sur les intersections entre l’hospitalité et l’économie qui, en dialogue avec les pratiques d’artistes contemporain·es, anime sa pratique depuis 2022. Du côté théorique, ce projet se penche sur la dette de l’économie et de la finance à l’égard de l’hospitalité (ce que l’économie et la finance ont emprunté au concept philosophique d’hospitalité et à ses pratiques sociales). En parallèle, il explore les économies de l’hospitalité mises en œuvre dans les pratiques artistiques et institutionnelles contemporaines. Menée en collaboration avec des organismes artistiques depuis quelques années, cette recherche itérative lui a permis d’explorer les impacts de la reconfiguration politique et économique (post-néolibérale) actuelle sur les pratiques artistiques, curatoriales et institutionnelles locales à Buenos Aires, Venise, Lisbonne, Bergen et Vancouver. Ce séjour à Bétonsalon permettra à Sylvie Fortin d’élargir son chantier et de convoquer un groupe de recherche interdisciplinaire qui se penchera sur la dette de l’économie et de la finance à l’égard de l’hospitalité. Ce groupe de recherche a pour triple objectif d’identifier les angles morts de son projet, de stimuler les recherches des participants et d’expérimenter avec divers formats de rencontre. Dans le long sillage de COVID-19, la doctrine post-néolibérale du choc impose un éventail d’expériences et de « concepts » économiques inédits qui, nourris par les algorithmes, l’IA et l’apprentissage automatique, misent à produire un avenir prédictif sûr… pour une minorité. En parallèle, le concept économique de PIB, jadis sacro-saint, a déjà été mis au banc en faveur d’une notion beaucoup plus incisive de « richesse nationale » mesurée par le « capital naturel ». Une révolution profonde redéfinit actuellement la valeur de tous et chacun, vivant ou inerte—et la valeur elle-même. La recherche de Sylvie Fortin (tout comme les expositions et publications qui suivront) est à la fois une réponse à cette vaste réorganisation socio-économique et une contre-proposition. Elle trace, au fil de certaines formes artistiques contemporaines, les contours de la résistance au cœur même de l’hospitalité. Le présent exige de nouvelles façons de sentir et de penser, de nouvelles intuitions et spéculations. Il fait appel à notre capacité créative collective pour rendre ces changements perceptibles. Nous devons déployer de nouvelles méthodes, tester des formulations inédites et proposer des formats curatoriaux expérimentaux et solidaires. Une constellation de questions nourrissent cette recherche. Quel rôle le concept (philosophique) d’hospitalité a-t-il joué dans l’émergence de notions économiques telles que le profit, l’intérêt, l’inflation et la spéculation et dans leur diffusion ? Que pouvons-nous déduire des formes que l’économie a privilégiées (ou des représentations qui lui ont été attribuées), telles la bulle, le nuage, le krach, et les graphiques ? Comment ces formes sont-elles transmises, reçues et interprétées ? Comment les artistes contemporains explorent-ils l’inflation, la dette, les devises, la spéculation, les bulles, les krachs, les produits dérivés, etc. en termes esthétiques, économiques, politiques et sociaux ? Comment les notions économiques telles que la dette, l’inflation et la spéculation s’incarnent-elles ? Comment s’infiltrent-elles dans le langage, l’attention, la perception et le désir ? Comment s’immiscent-elles au cœur des relations sociales et façonnent-elles les imaginaires politiques ? Comment la ville, cet incubateur de formes d’être ensemble désormais ciblé par la gentrification sauvage, figure-t-elle dans les travaux artistiques—comme site, scène, mirage, symptôme, motif, matériau, image, rumeur ? Que nous apprend l’hospitalité sur les instruments financiers tels que les produits dérivés, les échanges de créances, les futurs et les options ? L’hospitalité peut-elle nous équiper à opposer la violence des restructurations en cours ? Peut-elle nous ouvrir des pistes pour résister au néo-feudalisme et offrir de nouvelles formes de collectivité ? Cette recherche mènera à une ébauche d’essai, à la conceptualisation d’une constellation d’expositions collectives à échelles variables qui circuleront en Europe et dans les Amériques, ainsi qu’une publication.
Sylvie Fortin – Séjour de recherche curatorial - Bétonsalon
Sylvie Fortin – Séjour de recherche curatorial - Bétonsalon
Sylvie Fortin – Séjour de recherche curatorial - Bétonsalon
Magnetic Residencies #4 Raheel Khan
avril — juillet 2026
Le comité artistique de Magnetic Residencies s’est réuni le 15 septembre 2025 et a choisi l’artiste Raheel Khan comme lauréat de la résidence à Bétonsalon pour la 4ème édition de ce programme. Bétonsalon accueillera Raheel Khan en résidence pendant 3 mois, d’avril à fin juillet 2026. Il recevra une bourse de 2500 € par mois, bénéficiera d’un studio-logement à la Cité internationale des Arts dans le cadre du programme Institut Français x Cité internationale des Arts, d’un soutien curatorial assuré par l’équipe de Bétonsalon ainsi que d’une mise en réseau avec des professionnel·les de l’art pour le développement de ses recherches. La recherche de Raheel Khan se focalise sur les trajectoires historiques et contemporaines de la musique expérimentale à Paris, à travers l’étude des méthodologies compositionnelles et des pratiques électroacoustiques de la Musique Concrète. Il souhaite examiner de manière critique comment la relation entre le son et le comportement humain s’est transformée à mesure que les environnements sonores ont évolué, passant du mécanique et de l’industriel vers des infrastructures caractérisées par l’automatisation numérique, l’isolation acoustique et le silence opérationnel. À mesure que les marqueurs sonores autrefois omniprésents du travail et de la modernité urbaine s’estompent, un vide conceptuel et perceptif émerge : qu’est-ce qui constitue l’identité auditive de l’espace public lorsque ses processus matériels se retirent de l’audibilité ? Comment l’écoute évolue-t-elle lorsqu’elle devient de plus en plus privatisée, introspective ou médiatisée technologiquement ? Afin de mener ses recherches, Raheel Khan souhaite entrer en contact avec des institutions telles que l’INA-GRM et le CREM-CNRS dont les archives témoignent des théories fondamentales, des discours et des implications socioculturelles de l’expérimentation sonore d’après-guerre. Se concentrant sur les dimensions vibratoires et corporelles du son, notamment les résonances basses fréquences et dérivées de la voix, son approche vise à interroger la manière dont ces phénomènes sonores fonctionnent non seulement comme matériau esthétique, mais aussi comme agents d’expérience affective, comportementale et collective. Cette recherche vise à situer les pratiques d’écoute dévotionnelle et rituelle dans un cadre électroacoustique plus large, dans l’objectif d’élargir sa perspective sur la manière dont les structures sonores existent à la fois dans des modes d’attention communautaires et individuels dans la sphère contemporaine.
Magnetic Residencies #4 - Bétonsalon
Magnetic Residencies #4 - Bétonsalon
Magnetic Residencies #4 - Bétonsalon
Histoire des trous – Bourse de recherche et de production ADAGP / Bétonsalon 2026 Elsa Brès
2026 — 2027
Le comité artistique de la bourse ADAGP / Bétonsalon s’est réuni le 9 juin 2026 et a choisi Elsa Brès comme lauréate. Elle est la neuvième artiste à bénéficier de cette bourse après Franck Leibovici (2017), Liv Sculman (2018), Euridice Zaituna Kala (2019), Anne Le Troter (2021), Abdessamad El Montassir (2022), le duo Irma Name (2023), Florian Fouché (2024) et No Anger (2025). La bourse de recherche ADAGP / Bétonsalon est une dotation de 15 000 € destinée à soutenir un·e artiste dans ses recherches sur plusieurs mois, à l’appui d’un ou plusieurs fonds de la Bibliothèque Kandinsky – Centre Pompidou. Bétonsalon accompagnera Elsa Brès dans son processus de recherche et de production. Elle recevra 4 000 € d’honoraires et 8 000 € pour la production. Le projet artistique Histoire des trous Histoire des trous s’intéresse aux mondes souterrains ruraux aux bords desquels Elsa Brès vit et aux récits qui les peuplent, afin d’ouvrir des perspectives minoritaires sur l’Histoire par des pratiques collectives de narration. Les cavités souterraines – naturelles ou creusées – y apparaissent comme des espaces où s’emmêlent les temps, les espèces et les formes de vie. Le projet sera nourri de recherches dans les archives du Taller de Gráfica Popular, collectif mexicain fondé en 1937, dont les pratiques se situent à la croisée des luttes politiques, des cultures rurales et des récits populaires. Histoire des trous partage avec elles une même attention à la circulation des récits, à leurs formes matérielles et à leur capacité à produire des espaces communs. Sous le plateau calcaire des Causses s’étendent des centaines de grottes, d’avens, de cavités et de galeries. Ces lieux ont été traversés ou habités par une multitude de vies : paysan·nes en résistance, communautés hérétiques, populations cachées, réfugiées, persécutées, pratiques dissidentes ou autres mondes apparemment disparus. Sans chercher à distinguer les faits des légendes ou des rumeurs, l’idée sera d’éprouver collectivement ce que leur coexistence produit : un temps épais, stratifié, où différentes temporalités et formes de présence persistent et continuent peut-être d’agir ensemble. À rebours des récits fondés sur l’enracinement et la continuité, Histoire des trous appréhende ainsi le territoire dans son épaisseur souterraine : ce n’est plus une surface stable mais un ensemble de strates, de circulations et de généalogies entremêlées. Les trous pourraient être des espaces de communs, capables de fissurer les narrations identitaires et d’ouvrir d’autres imaginaires politiques. Le projet s’appuie sur un travail de terrain mené dans les Cévennes : collecte de récits, rencontres, recherches historiques, explorations souterraines et mise en place de pratiques collectives de narration et de récits spéculatifs. Ces matériaux et ces recherches viendront nourrir une pratique de l’image en mouvement traversée de mises en scène collectives et attentive aux manières d’incarner des récits capables, sous la surface des récits officiels, d’ouvrir d’autres rapports au présent.
Histoire des trous – Bourse de recherche et de production ADAGP / Bétonsalon 2026 - Bétonsalon
Histoire des trous – Bourse de recherche et de production ADAGP / Bétonsalon 2026 - Bétonsalon
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