

Histoire des trous – Bourse de recherche et de production ADAGP / Bétonsalon 2026
Elsa Brès
Le comité artistique de la bourse ADAGP / Bétonsalon s’est réuni le 9 juin 2026 et a choisi Elsa Brès comme lauréate. Elle est la neuvième artiste à bénéficier de cette bourse après Franck Leibovici (2017), Liv Sculman (2018), Euridice Zaituna Kala (2019), Anne Le Troter (2021), Abdessamad El Montassir (2022), le duo Irma Name (2023), Florian Fouché (2024) et No Anger (2025).
La bourse de recherche ADAGP / Bétonsalon est une dotation de 15 000 € destinée à soutenir un·e artiste dans ses recherches sur plusieurs mois, à l’appui d’un ou plusieurs fonds de la Bibliothèque Kandinsky – Centre Pompidou. Bétonsalon accompagnera Elsa Brès dans son processus de recherche et de production. Elle recevra 4 000 € d’honoraires et 8 000 € pour la production.
Le projet artistique
Histoire des trous
Histoire des trous s’intéresse aux mondes souterrains ruraux aux bords desquels Elsa Brès vit et aux récits qui les peuplent, afin d’ouvrir des perspectives minoritaires sur l’Histoire par des pratiques collectives de narration. Les cavités souterraines – naturelles ou creusées – y apparaissent comme des espaces où s’emmêlent les temps, les espèces et les formes de vie. Le projet sera nourri de recherches dans les archives du Taller de Gráfica Popular, collectif mexicain fondé en 1937, dont les pratiques se situent à la croisée des luttes politiques, des cultures rurales et des récits populaires. Histoire des trous partage avec elles une même attention à la circulation des récits, à leurs formes matérielles et à leur capacité à produire des espaces communs.
Sous le plateau calcaire des Causses s’étendent des centaines de grottes, d’avens, de cavités et de galeries. Ces lieux ont été traversés ou habités par une multitude de vies : paysan·nes en résistance, communautés hérétiques, populations cachées, réfugiées, persécutées, pratiques dissidentes ou autres mondes apparemment disparus. Sans chercher à distinguer les faits des légendes ou des rumeurs, l’idée sera d’éprouver collectivement ce que leur coexistence produit : un temps épais, stratifié, où différentes temporalités et formes de présence persistent et continuent peut-être d’agir ensemble. À rebours des récits fondés sur l’enracinement et la continuité, Histoire des trous appréhende ainsi le territoire dans son épaisseur souterraine : ce n’est plus une surface stable mais un ensemble de strates, de circulations et de généalogies entremêlées.
Les trous pourraient être des espaces de communs, capables de fissurer les narrations identitaires et d’ouvrir d’autres imaginaires politiques. Le projet s’appuie sur un travail de terrain mené dans les Cévennes : collecte de récits, rencontres, recherches historiques, explorations souterraines et mise en place de pratiques collectives de narration et de récits spéculatifs. Ces matériaux et ces recherches viendront nourrir une pratique de l’image en mouvement traversée de mises en scène collectives et attentive aux manières d’incarner des récits capables, sous la surface des récits officiels, d’ouvrir d’autres rapports au présent.
Elsa Brès
Elsa Brès a étudié l’architecture à Paris, une formation qui a marqué des étapes décisives dans sa réflexion critique sur la manière d’occuper un territoire, avant de rejoindre le Fresnoy (2015) où le médium filmique devient central. Au croisement de la recherche, du récit et de l’expérimentation, sa pratique souvent collaborative, s’élabore dans le temps long. Par son approche environnementale des paysages contemporains, Elsa Brès croise une pluralité de champs historiques et sociologiques, tout en s’affranchissant des catégories conventionnelles des personnages. Elle déploie ainsi des formes narratives à partir de la profondeur stratifiée de lieux qu’elle envisage toujours en relation avec les corps. Le recours fréquent aux parallèles historiques favorise le décryptage de problématiques du présent : les crises (notamment écologiques) n’y apparaissent plus comme des phénomènes isolés, mais l’aboutissement de systèmes anciens d’exploitation des terres, des personnes et des ressources. Ses films et ses installations s’appuient sur des forces de résistance. Ils s’ancrent dans des terrains « en friction », comme ceux de la région rurale et montagnarde des Cévennes, dans le sud de la France, où l’artiste vit et crée. (Antoinette Jattiot)
Son travail a donné lieu à des expositions personnelles à La Loge Brussels (« Connivéncia », 2023), à State of Concept Athens (« Notes for Les Sanglières », 2022) et à transmediale Berlin (« remote.response.request II », 2021, en duo show avec Maud Craigie). Il a également été montré à Radius CCA Delft, à la Fondation Pernod Ricard, au Cinéma du Réel, au FID Marseille, à La Capella Barcelona, à la Fondation Vincent Van Gogh, au Cincinnati Contemporary Art Center, au MO.CO Panacée, au CRAC Occitanie, à LOOP Barcelona, au Palais de Tokyo, sur les plateformes Vdrome et Tenk, notamment. Son travail a été soutenu par le CNAP, le CNC, la DRAC Occitanie, Mécènes du Sud, Art Situacions, Tënk x Mediapart. Elle est lauréate du Prix Sciences-Po pour l’art contemporain en 2024.
Elle est active au sein du collectif de production Elinka Films, du lieu Coudoulous cinéma (créé avec la cinéaste Gaëlle Boucand) et de la programmation Forêts Queer.
L’ADAGP
Créée en 1953, l’ADAGP est une société française de perception et de répartition des droits d’auteur. Elle intervient dans le domaine des arts visuels.
Forte d’un réseau mondial de 55 sociétés sœurs, elle représente aujourd’hui plus de 240 000 artistes dans toutes les disciplines : peinture, sculpture, photographie, architecture, design, bande dessinée, manga, illustration, street art, création numérique, art vidéo, etc.
De plus, l’ADAGP encourage la scène artistique en initiant et en soutenant financièrement des projets propres à animer et valoriser la création, et à en assurer la promotion à l’échelle nationale et internationale.
La Bibliothèque Kandinsky
La Bibliothèque Kandinsky, centre de documentation et de recherche du Musée National d’art Moderne – Centre de Création Industrielle, conserve et met à disposition d’un public spécialisé d’importants fonds d’archives et collections documentaires sur l’art des XXe et XXIe siècles. La Bibliothèque Kandinsky conserve près de 300 fonds d’archives et 13 000 dossiers d’artistes, dont une partie est consultable en ligne sur bibliothequekandinsky.fr
Le comité artistique 2025
Anne Bourse, artiste et membre de l’ADAGP
Mica Gherghescu, conservatrice, responsable du pôle Recherche et programmation scientifique, Bibliothèque Kandinsky – Centre Pompidou
Oulimata Gueye, curatrice et professeure à l’ENSBA Lyon
Émilie Renard, directrice de Bétonsalon
La bourse de recherche et de production ADAGP / Bétonsalon
Cette bourse de recherche vise à soutenir le travail d’un·e artiste sur des questions de représentation, de production et de circulation des images à partir de fonds d’archives. La 9ème édition de cette bourse permettra à Elsa Brès de développer un travail de recherche et de production à partir du fonds Taller de Gráfica Popular, conservé à la Bibliothèque Kandinsky.
Son travail sera présenté à l’occasion d’une exposition monographique à Bétonsalon au premier semestre 2028.



