
Arpentage d’archives collectées par Dominique Dehais
La connaissance des camps annexes de Drancy installés dans Paris intramuros de juillet 1943 à la Libération permet de comprendre le dispositif mis en place par l’occupant pour effectuer la spoliation des biens des juifs déportés dans les camps de concentration et d’extermination à l’est de l’Europe. L’existence de ces camps reste méconnue des Parisiens tant dans leurs localisations et leurs fonctions que dans leurs conditions de fonctionnement.
Installés au Frigo, 91 quai de la Gare, au début des années 1980, un groupe de travail nommé CREA se constitue composé de Dominique Dehais, Marie Guastalla, Claude Bensignor, Maurice Bachet, et Marguerite Fatus, avec pour objet de réfléchir aux lieux d’installation de collectifs de travail artistique. C’est dans cette dynamique qu’ils commencent les investigations sur le camp du 43 quai de la Gare proche du Frigo.
Aujourd’hui, le quartier Paris Rive Gauche a recouvert les vestiges du passé industriel du quartier de la Gare de son design urbain. Les dernières traces du Camp d’Austerlitz ont disparu en 1997. La Halle aux farines, reconstruite à l’emplacement exact des Entrepôts Généraux où se trouvait le camp fait partie du Campus de Paris VII, l’hôtel particulier du 3 rue Bassano est toujours là, une agence de publicité s’est installé rue Saint Martin dans l’ancien magasin Lévitan.
Le samedi et le dimanche, quand l’activité industrielle était encore présente sur le secteur du quai de la Gare, une étrange enclave de silence enveloppait le quartier pendant la pose hebdomadaire. Le weekend dans ce nouveau morceau de ville, ce qui reste, c’est ce silence.
Dominique Dehais
Le travail de Dominique Dehais se développe autour des notions de fabrication et de production dans le monde de l’art, de l’architecture et du design dans ses relations objet (produit, œuvre) / sujet (producteur, créateur) et des mécanismes d’émancipation ou d’asservissement social qui les sous-tendent. Les articulations entre les champs de la production et celui de l’art, la prise en charge de la question de l’humain et sa place dans la production de valeurs sociales conduisent ses investigations en termes de recherche et de réalisations artistiques. De l’art à l’architecture en passant par le design et l’industrie, l’esthétisation systémique, étudié par ailleurs dans le séminaire Territoires Esthétiques, comme forme de captation de la volonté de transindividuation offre l’opportunité de comprendre et mettre à jour les modèles qui conduisent la conception de nos environnement techniques et sensibles comme condition d’existence des milieux de vie de l’être.
