

Sylvie Fortin – Séjour de recherche curatorial
Bétonsalon accueille Sylvie Fortin dans le cadre d’un séjour de recherche curatoriale de 3 mois, structurée en deux temps (février et juin/juillet 2026) qui combine recherche, écriture curatoriale expérimentale et développement de collaborations. Ce séjour a pour but de synthétiser sa recherche sur les intersections entre l’hospitalité et l’économie qui, en dialogue avec les pratiques d’artistes contemporain·es, anime sa pratique depuis 2022. Du côté théorique, ce projet se penche sur la dette de l’économie et de la finance à l’égard de l’hospitalité (ce que l’économie et la finance ont emprunté au concept philosophique d’hospitalité et à ses pratiques sociales). En parallèle, il explore les économies de l’hospitalité mises en œuvre dans les pratiques artistiques et institutionnelles contemporaines.
Menée en collaboration avec des organismes artistiques depuis quelques années, cette recherche itérative lui a permis d’explorer les impacts de la reconfiguration politique et économique (post-néolibérale) actuelle sur les pratiques artistiques, curatoriales et institutionnelles locales à Buenos Aires, Venise, Lisbonne, Bergen et Vancouver. Ce séjour à Bétonsalon permettra à Sylvie Fortin d’élargir son chantier et de convoquer un groupe de recherche interdisciplinaire qui se penchera sur la dette de l’économie et de la finance à l’égard de l’hospitalité. Ce groupe de recherche a pour triple objectif d’identifier les angles morts de son projet, de stimuler les recherches des participants et d’expérimenter avec divers formats de rencontre.
Dans le long sillage de COVID-19, la doctrine post-néolibérale du choc impose un éventail d’expériences et de « concepts » économiques inédits qui, nourris par les algorithmes, l’IA et l’apprentissage automatique, misent à produire un avenir prédictif sûr… pour une minorité. En parallèle, le concept économique de PIB, jadis sacro-saint, a déjà été mis au banc en faveur d’une notion beaucoup plus incisive de « richesse nationale » mesurée par le « capital naturel ». Une révolution profonde redéfinit actuellement la valeur de tous et chacun, vivant ou inerte—et la valeur elle-même.
La recherche de Sylvie Fortin (tout comme les expositions et publications qui suivront) est à la fois une réponse à cette vaste réorganisation socio-économique et une contre-proposition. Elle trace, au fil de certaines formes artistiques contemporaines, les contours de la résistance au cœur même de l’hospitalité. Le présent exige de nouvelles façons de sentir et de penser, de nouvelles intuitions et spéculations. Il fait appel à notre capacité créative collective pour rendre ces changements perceptibles. Nous devons déployer de nouvelles méthodes, tester des formulations inédites et proposer des formats curatoriaux expérimentaux et solidaires.
Une constellation de questions nourrissent cette recherche. Quel rôle le concept (philosophique) d’hospitalité a-t-il joué dans l’émergence de notions économiques telles que le profit, l’intérêt, l’inflation et la spéculation et dans leur diffusion ? Que pouvons-nous déduire des formes que l’économie a privilégiées (ou des représentations qui lui ont été attribuées), telles la bulle, le nuage, le krach, et les graphiques ? Comment ces formes sont-elles transmises, reçues et interprétées ? Comment les artistes contemporains explorent-ils l’inflation, la dette, les devises, la spéculation, les bulles, les krachs, les produits dérivés, etc. en termes esthétiques, économiques, politiques et sociaux ? Comment les notions économiques telles que la dette, l’inflation et la spéculation s’incarnent-elles ? Comment s’infiltrent-elles dans le langage, l’attention, la perception et le désir ? Comment s’immiscent-elles au cœur des relations sociales et façonnent-elles les imaginaires politiques ? Comment la ville, cet incubateur de formes d’être ensemble désormais ciblé par la gentrification sauvage, figure-t-elle dans les travaux artistiques—comme site, scène, mirage, symptôme, motif, matériau, image, rumeur ? Que nous apprend l’hospitalité sur les instruments financiers tels que les produits dérivés, les échanges de créances, les futurs et les options ? L’hospitalité peut-elle nous équiper à opposer la violence des restructurations en cours ? Peut-elle nous ouvrir des pistes pour résister au néo-feudalisme et offrir de nouvelles formes de collectivité ?
Cette recherche mènera à une ébauche d’essai, à la conceptualisation d’une constellation d’expositions collectives à échelles variables qui circuleront en Europe et dans les Amériques, ainsi qu’une publication.
Sylvie Fortin
Sylvie Fortin est une curatrice interdépendante, chercheuse, critique et éditrice basée à Montréal et New York. Elle a été curatrice en résidence au Bemis Center for Contemporary Arts, à Ohama, Nebraska, en 2019–2021, directrice générale et artistique de La Biennale de Montréal (2013–2017) et curatrice de la Manif d’art 5, la Biennale de Québec (2010), directrice générale et éditrice d’ART PAPERS à Atlanta (2004–2012), curatrice au Agnes Etherington Art Centre de l’Université Queen’s, Kingston, Ontario (2013) et à l’Ottawa Art Gallery (1996–2001). Ses essais et écrits ont été publiés dans de nombreux catalogues, anthologies et périodiques dont Art/Agenda, Artforum International, ART PAPERS, Art Press, C Magazine, Flash Art et Frieze.
En partenariat avec le Centre international d’accueil et d’échanges des Récollets.



