
En 1969, dans Les Guérillères, Monique Wittig, plaidait pour une stratégie de production d’archives, passant par la fiction et l’imagination, lorsque le geste de remémoration ne pouvait à lui seul contrevenir à l’effacement : « Fais un effort pour te souvenir. Ou, à défaut, invente. »
Une exposition, reprenant cette invitation, était conçue sur une proposition d’Aliocha Imhoff et de Kantuta Quirós au sein de Bétonsalon, en 2013. Nourrie par le travail de Gloria Anzaldúa, Pauline Boudry & Renate Lorenz, Giuseppe Campuzano, Theresa Hak Kyung Cha, Carola Dertnig, Cheryl Dunye, Renée Green, Marge Monko, Roee Rosen, et Monique Wittig, elle proposait de nombreuses réflexions sur le processus de déhistoricisation dans lequel les femmes ont été et sont encore prises. À l’aide d’outils sémantiques tels que le néologisme herstory, mis en lumière par la poétesse américaine Robin Morgan, ou bien par l’invention de nouvelles technologies d’écriture (mythologie, auto-histoire-théorie, fictionnalisation d’archives, reenactment) les écrivain·es, poétes·ses, artistes de l’exposition ont mis en crise le récit historique linéaire. Au-delà d’une simple célébration de telles ou telles figures de femmes oubliées, cette re-construction de l’herstory pose, plus ambitieusement, les prémices d’une réécriture féministe et queer de l’Histoire.
C’est aujourd’hui, cinquante-sept ans plus tard, que nous revenons sur ces mots et sur cette exposition. Dans le cadre du programme « Parties prenantes », rendez-vous régulier d’arpentage de nos archives, nous prenons le temps de nous souvenir, ou à défaut d’inventer collectivement. Cet effort de mémoire prendra la forme d’une discussion partagée et se déroulera en compagnie de Aliocha Imhoff & Kantuta Quirós, curateur.rices, théoricien.nes de l’art, cinéastes, fondateur.ices de la plateforme curatoriale le peuple qui manque.
Cette séance sera alors l’occasion de revisiter ces enjeux d’historiographie située et d’ouvrir un dialogue avec l’exposition actuelle « Magnanrama : Médias, technologies, identités, réseaux autour de Nathalie Magnan. »
Kantuta Quirós et Aliocha Imhoff
Kantuta Quirós et Aliocha Imhoff sont curateur.ice.s, théoricien.ne.s de l’art, cinéastes et fondateur.ice.s de la plateforme curatoriale le peuple qui manque, créée en 2005, qui œuvre à la croisée entre art et recherche. Ensemble, iels mènent depuis plusieurs années un projet de recherche visant à élaborer une nouvelle écologie des savoirs, à partir de scénographies de la pensée contemporaine (fictions diplomatiques, procès fictifs, assemblées et expériences de pensée à l’échelle 1:1). Parmi leurs projets curatoriaux figurent Futurismes andins, futurités ancestrales (Planetarium de Bogota-Idartes, 2026) ; L’École des Impatiences (Musée de Dieppe, 2021-2023-2025) ; Écologies post-artistiques (Maison des Arts de Malakoff, 2025), Le procès de la fiction (Nuit Blanche, 2017). Parmi leurs publications, on peut citer Qui parle ? Pour les non-humains (Presses universitaires de France, 2022) ; Les potentiels du temps (2016, Manuella Editions, Paris, nouvelle édition Flammarion, 2024) ; Géoesthétique (Éditions B42, 2014). Iels poursuivent, avec la série de films Les Impatient.e.s, une série chronopolitique. Kantuta Quirós et Aliocha Imhoff sont respectivement maîtres.se.s de conférence à Paris I Panthéon-Sorbonne – École des arts de la Sorbonne et à l’Université de Paris 8 département d’arts visuels.
