
« Cœurs irradiés »
Un atelier d’écriture proposé par Manon Barbe
sur inscription : publics@betonsalon.net
Nous faisons l’expérience hésitante de la vie, entouré·es de menaces dont nous apprenons à reconnaître les effets avant même de savoir les nommer.
PFAS, cadmium, microplastiques, pollution atmosphérique, virus, radiations. Ces mots circulent dans nos conversations, s’affichent dans les médias, s’accumulent dans les sols, l’eau, et nos corps. Ils composent une géographie diffuse de la contamination, sans frontière nette, où la menace ne se présente pas toujours dans ses effets spectaculaires mais en présence diffuse, presque ordinaire.
Manon Barbe est fascinée par les paysages qui semblent paisibles. Les champs, les étangs, les friches, les déserts où rien ne paraît s’y produire sinon le temps qui s’y écoule plus lentement qu’ailleurs. Pourtant, certains de ces lieux ont été affectés par des catastrophes. Ils demeurent contaminés, plus durablement encore que le souvenir que nous en conserverons. Ce qui passe inaperçu recèle un pouvoir immense : le paysage continue d’offrir sa beauté tandis qu’autre chose agit sous sa surface.
Que perçoit notre corps lorsqu’il s’arrête devant un paysage contaminé ? Que regardons-nous réellement lorsque rien ne semble visible ? Comment habitons-nous un monde dont les atteintes circulent à travers l’air, les sols, les organismes ?
Avec « Cœurs irradiés », Manon Barbe propose d’interroger l’échange continu entre atteinte et transmission.
Un cœur irradié est un cœur atteint. Mais il est aussi un foyer, un point d’émission. Quelque chose qui reçoit autant qu’il émet.
Entre vulnérabilité et puissance, entre atteinte et rayonnement, que faisons-nous de ce qui nous traverse ? Comment ces nuisances modifient-elles nos manières d’habiter, d’aimer, de créer, de résister ? Comment ce qui nous affecte affecte-t-il à son tour le monde qui nous entoure ?
Qu’est-ce qui remplace les imaginaires fissurés des territoires intacts, des milieux préservés et des corps sains ? Pourtant aucun territoire n’est parfaitement séparé d’un autre. Aucun corps ne retient complètement sa porosité à son environnement. Aucune vie n’est totalement protégée.
Comment vivre dans des conditions altérées ? Comment maintenir la vie au milieu des blessures, des transformations, des incertitudes ? Comment continuer à produire du mouvement lorsque les récits dominants nous promettent d’abord le contrôle, la maîtrise ou la réparation ?
Peut-être que l’altération n’est pas seulement une perte. Peut-être ouvre-t-elle un espace où d’autres formes de relation deviennent possibles.
Durant cet atelier, nous partirons de nos propres contaminations : celles dont nous héritons, celles qui nous traversent, celles que nous transmettons. Nous suivrons les interférences entre les corps, les paysages, les souvenirs, les peurs et les désirs.
L’écriture deviendra un champ d’interférences.
Nos textes formeront un chœur, non pas une voix unifiée mais un ensemble de foyers qui se répondent, se déplacent, se contaminent mutuellement. Nous avancerons par dérives, nous laisserons l’errance produire ses formes de connaissance.
Car les paysages irradiés ne sont pas immobiles.
Ils se transforment sourdement. Ils déplacent ce qui les mue. Et recomposent leurs paysages au gré du vent.
Peut-être en va-t-il de même pour nous.
Irradions.
Manon Barbe
manon barbe a une pratique solitaire des mots qu’elle tend à rendre collective. Ses recherches prennent la forme de répertoires, d’archives sonores, de collectes qui nourrissent ses projets de fiction. D’abord passée par le théâtre et la performance, elle écrit à partir de fragments poétiques. Avec sa plateforme noncurated.xyz, elle développe un « abécédaire curatorial », une collection de formes courtes qui interroge les pratiques artistiques à partir d’objets du quotidien et des relations entre humains et non-humains.
