
« Litterally the best thing ever »
Un atelier d’écriture proposé par Tess Mazuet
sur inscription : publics@betonsalon.net
Dans Glitch Feminism : A Manifesto (2020), Legacy Russell s’empare du glitch — l’erreur, l’interruption, la petite fenêtre pop-up qui s’affiche par-dessus une page web — et le transforme en mode de réflexion sur les corps, les identités et les systèmes qui tentent de les mettre dans des cases. Pour Russell, le glitch est promesse de nouvelles possibilités : il perturbe les règles du système, rend ses limites visibles et ouvre la voie à des identités et des modes d’existence qui échappent aux catégories établies.
Le glitch est une fissure. Elle déborde. Elle brille. Elle sature. Elle nous fait un peu cringer. C’est la qu’intervient notre page blanche !
Cette édition de l’atelier d’écriture Ecrire avec des moufles est à la fois glitchy et ghosty ʕ•͡-•ʔ, hantée par deux e-fantômes : Doug Smorin, un employé de bureau en craquage dont la to-do list devient de plus en plus chaotique à mesure qu’on la lit dans le roman de Calvin Kasulke Several People Are Typing ; et les auteur·ices de « Literally the Best Thing Ever » du magazine Rookie Mag.
La première entité à rôder dans cet atelier est Doug Smorin. Sa liste de tâches est d’abord parfaitement banale, puis elle déraille peu à peu. Doug commence par des choses raisonnables : déplacer un appel, rédiger quelques notes de réunion, acheter un nouveau bureau. Puis, acheter un nouveau bureau revient puis revient encore. Et encore. Il commence à glitcher. La liste de tâches se transforme en flot de pensées erratiques.
Le second nous vient de Rookie Mag et sa rubrique « Literally the Best Thing Ever ». Dans ce magazine en ligne malheureusement disparu aujourd’hui, les auteur·ices adolescent·es consacraient des textes entiers à la chose qui les obsédait cette semaine-là. Qu’il s’agisse d’une vidéo de workout de célébrité, un parc d’attractions, One Direction, Madame Pac-Man ou n’importe quel autre sujet suffisamment important à leurs yeux pour mériter toute leur attention. Le moindre objet d’obsession était traité avec le plus grand des sérieux.
C’est à peu près par là qu’on se dirige dans cet atelier.
Les participant·es — vous ! — êtes invité·es à choisir quelque chose qui vous obsède. N’importe quel sujet peut devenir votre Best thing ever : un passe-temps improbable, un compte Instagram consacré aux chats, aux chiens ou aux aliens, une série que vous continuez à regarder juste pour pouvoir la détester, une actrice dont vous pourriez retracer toute la vie à partir de ses ruptures, ou une page Wikipédia incroyablement niche. Autrement dit : le truc que vos ami·es savent qu’il vaut mieux ne pas mentionner devant vous s’iels n’ont pas au moins vingt minutes à perdre.
Puis on commence à écrire.
On laisse le texte se répéter, s’interrompre. On laisse un détail en faire surgir un autre, qui débloque un souvenir, qui mène on ne sait trop comment à un système de classement, et soudain un flashback revient d’une publication Reddit de 2017.
Les listes sont les bienvenues.
En dire beaucoup trop est bienvenu.
Les changements de ton soudains sont les bienvenus.
Les informations extrêmement précises sont vraiment les bienvenues. La pensée peut rester assez en vrac pour laisser apparaître les hésitations des doigts sur le clavier.
Au cours de cet atelier, chacun·e s’engage à raconter au groupe l’objet de son obsession et, en retour, à écouter les autres avec la même attention.
Le résultat pourra ressembler à un essai, à un monologue, à quinze répétitions de la même phrase, ou à un document qui semble, l’espace d’un instant, s’être mis à penser tout seul.
Tess Mazuet
Tess Mazuet s’intéresse à ce qui se joue autour des œuvres : les récits, les conversations, les déplacements et les rencontres un peu imprévues. Sa pratique curatoriale prend la forme d’expositions, de résidences et de projets collectifs qui laissent de la place à l’expérimentation. Passée par le Mudam Luxembourg et RN13BIS, elle travaille aujourd’hui à Bétonsalon. En parallèle, avec Boucan Collectif, au sein de Love Letter à Bagnolet, elle imagine des situations où les pratiques artistiques peuvent se rencontrer, se frotter les unes aux autres et, parfois, faire un peu de boucan !