Conférence de Pascaline Morincôme
Les mouvements de la télévision alternative américains trouvent un terrain privilégié dans le développement, à New York, de la Public Access. À partir de 1970, des chaînes publiques sont disponibles sur le réseau câblé local de Manhattan, préfigurant un mouvement d’ampleur à l’échelle du pays.
Parmi les collectifs moteurs et impliqués dans le processus législatif censé pérenniser l’accès à ces espaces de diffusion, certains envisagent le câble comme un prolongement de la sphère démocratique. En s’inspirant à la fois d’une partie du cinéma documentaire et des pratiques d’organisation communautaire, ils inaugurent des projets participatifs qui intègrent des non-professionnel·les et les forment aux outils vidéo.
Cette conférence propose de revenir sur quelques projets réalisés à cette période et les années suivantes. Il s’agira notamment de montrer comment le contexte paradoxal dans lequel ces pratiques se développent— un espace public ouvert au sein d’un réseau commercial et privé — permet de démystifier l’idée d’une production grassroots et fondamentalement alternative, qui est pourtant souvent associée à ces programmes. Il s’agira plutôt d’examiner la manière dont ils s’inscrivent dans une tension constante entre volonté d’émancipation, cadres institutionnels susceptibles d’en limiter la portée transformatrice, et formes d’instrumentalisation. Ces projets apparaissent ainsi comme des espaces de négociation où se discutent et se redéfinissent les relations entre travailleur·euses culturel·les, non-professionnel·les et institutions. Ils ouvrent ainsi la voie aux études contemporaines sur les pratiques participatives dans le champ de l’art.