"En 2006, j’ai rencontré un garçon autiste dont l’attention était tournée vers les sons ou les matières qui pourraient en produire. J’ai filmé ses gestes, comme l’égrainement des cailloux sur une structure en métal, ou un verre de Coca-cola porté à l’oreille pour entendre le pétillement de ses bulles. Cette manière d’appréhender le monde m’a touchée parce que les sons, ou la musique, sont aussi ce qui me parle le plus. Alors mon travail s’est organisé autour du son, autour du langage verbal ou non verbal, du rythme, de la boucle et de la répétition".
Lors de cette soirée seront présentées trois vidéos :
ILE SON, 8’44 (2007)
Voir pour entendre, ouvrir les yeux et trouver le son. L’autisme dont ce garçon est atteint modifie ses capacités d’écoutes – il appréhende avec un sens amplifié le monde qui l’entoure – il nous donne à voir ce que nous n’écoutons pas.
LA LA LA LA, 2’28, en boucle (2007)
Langue tonale et monosyllabique, le vietnamien contient des mots ayant jusqu’à cinq sens différents selon l’accent avec lequel on les prononce. La mélodie de ces mots énumérés et répétés forme une musique entre prière et berceuse au sens improbable. L’importance n’est plus dans le sens des mots mais dans le pouvoir de leur rythme et de leur musicalité.
VOIR LA PULPE, 19’20 (2008)
Je propose une vision personnelle de l’autisme, en 6 séquences, comme 6 touches ou 6 chapitres d’une fable, articulés sans narration. C’est une invitation à passer de l’autre côté de la fenêtre, dans un monde en miettes fait de sons, de bribes de voyage, d’excursion dans la jungle, de répétition, de gammes de crayons …
À travers les expériences que sont l’appréhension d’une langue étrangère comme musique et non plus outil porteur de sens, à travers l’expérience de vivre avec des personnes autistes dont le langage se situe ailleurs que dans les mots, j’interroge les limites de la parole, qu’elles soient liées à l’incompréhension, à la pathologie, au déficit ou au jeu. Des artistes, écrivains, compositeurs, seront amenés à discuter autour des vidéos présentées. Comment la boucle, qui peut être pathologique, peut devenir porteuse de sens ? Comment la déconstruction du langage parlé peut-elle faire naître un nouveau langage ? Comment l’incompréhension ou le balbutiement peuvent-ils être des sources de création ?
Claire Glorieux
Née en 1983 - Etudiante au Fresnoy – Studio national des arts contemporains
Voir la pulpe a été présenté en 2008 au Festival des Ecrans documentaires à Arcueil, au Fresnoy à Tourcoing pour Panorama 9_10 et à l’Ensba de Paris dans le cadre de l’exposition Dix-sept en zéro-sept. L’ile son a été présenté en 2007 au Couvent des cordeliers dans le cadre de l’exposition Pression à froid.